Nous rêvons pour quoi ? 6 tentatives d’explication

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Nous dormons environ un tiers de notre vie. Pendant ces 25 ans de sommeil, nous recevons entre 100 000 et 500 000 rêves. Malgré l’importance que leur accordaient la plupart des civilisations antiques, les rêves ont longtemps été négligés dans notre culture occidentale. Leur étude par la psychologie puis, plus récemment par les neurosciences, ont avancé plusieurs hypothèses pour expliquer pourquoi nous rêvons. Mais le rôle de nos songes continue de diviser et laisser certains d’entre nous perplexes. Tentative de démêlage.

Qu’est-ce qu’un rêve ?

Le rêve est un « film maison », une suite d’images structurée, ou non, parfois accompagnée de sons, qui se manifeste pendant le sommeil. Il existe différentes sortes de rêves mais la plupart se rapportent à des expériences vécues dans notre quotidien.

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Les rêves sont constitués d’images parfois incompréhensibles

Quand la science nous explique pourquoi nous rêvons

On retrouve les premières observations relatant une activité psychique durant le sommeil, dans la littérature ancienne de l’Inde et de Rome. Cependant, il faut attendre le XXe siècle pour voir apparaître les premières publications scientifiques décrivant les phases du sommeil et l’activité électrique intense durant les rêves.

Les premières découvertes scientifiques sur les rêves

Financées par l’armée américaine, les premières études sur les rêves visaient à optimiser les performances des travailleurs nocturnes : militaires, pilotes, futurs astronautes… L’objectif était d’identifier les besoins biologiques en terme de rythme et de durée de sommeil.

En 1953, trois chercheurs de l’université de Chicago, Eugène Aserinsky, Nathaniel Kleitman, et William C. Dement décrivirent des phases de mouvement oculaire rapide (REM) d’une durée de 20 minutes en lien avec les rêves.

En 1959, les travaux du neurobiologiste Michel Jouvet mirent en évidence les différents cycles du sommeil : chaque nuit nous enchaînons des périodes d’environ 90 minutes durant les quelles nous alternons des périodes d’endormissement, sommeil lent, profond puis paradoxal.

Pendant cette phase de sommeil paradoxal, les encéphalogrammes enregistrent une activité du cerveau très intense. 75 % des personnes réveillées pendant cette phase de sommeil sont capables de décrire leur rêve, contre 7 % durant les autres phases du sommeil.

1. Nous rêvons pour rester en vie

Depuis ces premières découvertes, de nombreuses études ont permis de mettre en lumière le rôle fondamental des rêves sur notre santé. Rêver est une fonction naturelle est indispensable au bon fonctionnement de notre cerveau.

Privés de sommeil paradoxal, les animaux de laboratoire meurent en quelques semaines. Les humains, quant à aux, éprouvent des difficulté de concentration, des trous de mémoire, de l’anxiété, des troubles psychiques extrêmement graves à long terme…

2. Nous apprenons grâce à nos rêves

Chez les bébés et les enfants, le rêve joue un rôle fondamental dans la maturation du cerveau et l’apprentissage. Le repos et le rêve permettent l’assimilation, la digestion et la reprogrammation  des informations nécessaires au développement.

3. Nous nous entraînons à faire face au stress

D’autres études ont montré que les souvenirs des rêves augmentaient durant les périodes de stress, épreuves de la vie, examens. Rêver permet de réguler notre équilibre psychique, nous adapter au stress, maintenir notre santé. Des chercheurs de l’université de Genève ont prouvé récemment que les rêves nous préparent également à affronter nos peurs.

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Les dernières études des neurosciences montrent que nous nous entrainons à affronter nos peurs pendant nos rêves

L’analyse des psy sur le sens des rêves

Parmi les chercheurs fascinés par le rêve et la compréhension de ses mystères, les psychologues, psychiatres et psychanalystes occupent une place essentielle. Pour certains d’entre eux, les rêves représentent un accès à ce qui nous échappe pendant notre état de veille, nos parts d’ombre, nos peurs et nos désirs.

Quand les rêves ouvrirent les portes de l’inconscient

La publication de l’ouvrage phare de Sigmund Freud en 1900, L’interprétation des rêves, a marqué un tournant décisif dans la façon moderne de considérer les rêves. Le père de la psychanalyse utilisa le rêve comme matière première pour identifier la cause des conflits émotionnels et permettre leur libération grâce à la thérapie.

4. Nous rêvons pour nous libérer de nos pulsions

« Le rêve est l’expression , et même l’accomplissement d’un désir rejeté. »

Sigmund Freud

Pour Freud, le rêve représentait une sorte d’exutoire permettant d’expulser l’agressivité, les peurs et les désirs refoulés qui nous habitent.

Avec ses théories largement controversées, Freud a néanmoins contribué à la compréhension du phénomène onirique et des mécanismes de l’inconscient. Cependant, son insistance sur la censure de nos pulsions et le symbolisme sexuel des rêves furent l’objet de nombreuses critiques et dissidences.

5. Le rêve comme reflet et outil de résolution des problèmes

L’œuvre de Freud connut une continuité et la naissance d’autres théories comme celle des archétypes, de l’inconscient collectif ou de l’individuation de Carl Gustav Jung.

« Le rêve est l’auto-représentation spontanée et symbolique de la situation actuelle de l’inconscient ».

Carl Gustav Jung

Jung considérait l’activité onirique aussi importante que l’état de veille. En tant qu’expression de l’individu, les rêves étaient pour lui, un moyen de comprendre nos problèmes et de développer tous nos potentiels en tant qu’êtres humains.

Et pour les psy d’aujourd’hui, pourquoi nous rêvons ?

Le rêve est toujours utilisé en thérapie, pour accéder efficacement aux causes des difficultés émotionnelles, relationnelles, psychologiques. Comme le souligne David Fontana, un psychologue anglais, « en écoutant les rêves de mes patients lors des thérapies, j’ai pu souvent observer comment ils pouvaient nous conduire à la racine d’un problème psychologique, beaucoup plus rapidement que d’autres méthodes. »

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Les rêves contiendraient nos peurs et nos travers masqués, de quoi nous remettre d’aplomb

Bien que les points de vue divergent sur la fonction du rêve en psychologie, on peut quand même retenir que l’activité onirique :

  • représente une aide à la résolution des problèmes ;
  • ouvre une fenêtre sur notre inconscient, où s’enfouissent sentiments et besoins insatisfaits ;
  • aide à comprendre les réactions et les origines des conflits émotionnels ;
  • stimule notre imagination et notre inspiration

6. Quand les rêves servent de guides spirituels

Des neurosciences à la psychologie, les tentatives d’expliquer pourquoi nous rêvons sont nombreuses et parfois divergentes. Avant de clore cet article, je tenais à faire un petit détour par la spiritualité. Certains pensent que les rêves participent à nous guider vers les profondeurs de notre être. Les songes nous aideraient à nous rappeler qui nous sommes vraiment et pourquoi nous sommes là.

Ce point de vue, largement admis dans les cultures comme l’Égypte ancienne ou les indiens d’Amérique du Nord tendrait à se répandre à nouveau.

À mon sens, cette vision ancestrale n’est pas incompatible avec toutes les tentatives d’explication ultérieures. Qu’ils soient considérés comme des purges ou des soupapes du cerveau, des régulateurs de notre santé psychique, des vecteurs d’apprentissage et d’adaptation au stress, des expressions de nos peurs et désirs les plus secrets, des reflets de nos préoccupations quotidiennes, des liens vers nos blessures enfouies, les rêves nous soutiennent au quotidien pour devenir des meilleures versions de nous-mêmes.

Alors, n’ayons plus peur d’aller explorer leurs profondeurs étranges, et partageons nos parts de lumière rescapées, le monde d’aujourd’hui en a tant besoin !

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